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 Le Parc de la honte

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Dunlaïr
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Mes Liaisons Dangereuses
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MessageSujet: Le Parc de la honte   Jeu 16 Sep - 19:56


Nawel Ialenkaï

Le silence est le fruit de ma personnalité, je ne sais vivre sans lui, sans ce caractère qui me définit si bien. Pourtant je ressens ces émotions toutes différentes les unes aux autres qui sont elles, vivantes, joyeuses et même bruyantes. La joie, le bonheur, la colère, la haine, l’amour, l’amitié, je connais, je les ressens et pourtant je ne sais l’exprimer que par ce silence déroutant et angoissant. J’aimerais tant rire à pleins poumons, tant pleurer avec des effluves de larmes, tant montrer que je sais ce qu’est de vivre le sentiment, montrer que je ne suis pas ce démon au cœur de pierre. L’isolement me protège, me sécurise, car la solitude ne me force pas à être quelqu’un d’autre, elle accepte qui je suis. Je suis entre deux émotions, déchiré, tirailler : montrer ou se cacher, garder cette coquille qui me protège ou dévoiler qui je suis. Je suis en faite, fidèle à moi-même sans détour, le silence est mien, et je suis sienne. Ayez pitiés de qui je suis…

Dans cette nature en constante effervescence, en constante changement, je me sens dans mon élément, cette nature chatoyante, et bruyante. Vous ne l’entendez peut être pas, mais tendez l’oreille et vous entendrez : le bruit du vent qui frôle les douces branches des arbres, ou encore entendez cette douce mélodie des feuilles qui se détachent infidèlement à son arbre, écoutez la rosée du matin se déposer sur la douceur de l’herbe. Aussi chantante cette nature me protège, se raconte à moi, et me comprend. Elle ne me demande rien que de l’aimer, elle ne me demande rien que de la respecter.

Pourtant je suis triste, triste pour elle, et pour ce que l’on lui vole, il n’existe plus dans ce monde ce respect, cette dignité et cet amour pour elle. Ils la spolient, ils la blessent, et l’achèvent, sans émotion, sans pitié. Ont t’il oublié que c’est elle la mère, que c’est elle qui est à la base de tout, ont t’il oublié d’où ils viennent. De plus en plus je me rends compte des atrocités des humains, et je dois malgré tous les protégés, le méritent t’ils vraiment… Tout est qu’un paradoxe, je les maudis mais je les protège. Dois-je leur apprendre, ou dois-je les comprendre dans leur acte ? Je ne sais où est vraiment ma place.
Je travail dans ce parc depuis peu, ce métier me procure de nombreuses satisfactions : la solitude, la nature, tout ce que je rêve. J’utilise cette petite machine qui se nomme appareil photo, une idée ingénue que l’homme a inventée. J’essaye de répertorier toutes les espèces vivantes de ce parc, la tache vous semble facile, mais il n’est pas facile de capturer la vie. Je travail le plus clair de mon temps la nuit, tout est calme, endormie, je ne supporte pas de voir ces humains arracher les plantes, ou bien faire peur aux animaux, je préfère travailler quand le parc est fermé, je sens que la nature se repose de son agression qu’elle a subit pendant la journée.

Une nuit parmi tant d’autre je errais dans les allées, vêtu d’un simple jean et d’une chemisette kaki, je ne me faisais jamais une grande beauté quand j’allais travailler, telle la nature, je me laissais allé : cheveux en pétard, pas un seul soupçon de maquillage. J’étais d’une simplicité sans nom. La nature n’était pas là pour me juger de toute façon.
Délicatement je m’aventure or des allées, je photographie tout ce que je vois, je veux immortaliser le moindre mouvement, car tout n’était que richesse.

Mais il fallait que l’homme soit là, je n’y croyais pas mes yeux, je vois un petit feu, et deux hommes légèrement ivre en train de boire des bières, qu’ils éparpillaient partout. Cette image m’horrifiée ! Comment ont t’il osé ? Cela ne me ressemblait absolument pas, mais je couru vers eux, qu’allais je dire, qu’allais je faire, je ne savais pas encore. Je me précipitai d’une part pour éteindre le petit feu qu’ils s’étaient offerts. Et sans un mot, je posai mon regard noir sur ces mécréants. Je ne savais quoi dire, je ne savais hurler, je ne savais crier. Je pensais que ce simple regard suffirait à les faire fuir.

Les deux inconnus me regardèrent tout à bord éberlués, puis un sourire se dessina sur leur visage, ils n’avaient pas pris peur face au bout de femme que j’étais. Un se leva, et m’agrippa au bras, je me dégageai d’un geste vif, le contact me dégoutait !

« Ba elle a perdu sa langue la petite dame » s’exclama l’ivrogne

Je devais parler, je devais crier, hurler, mais non, je restais dans ce mutisme. Ils se rapprochèrent tout deux vers moi, un sourire malsain aux lèvres. Je savais très bien ce qu’il voulait me faire subir. Ils étaient ignobles. Mais je ne crierais pas, je me laisserais faire, si tel était mon destin, je n’avais pas le choix. Le premier déchira ma chemise, je n’émis aucun mouvement, aucun signe de lutte, et je les regardai droit dans les yeux. Et pensait très fort * faites vite, faite vite, mais je vous le promets, je vous tuerai ! Je vous tuerai! *

Quand il n'y a plus de solution, reste la vengeance.



Dunlaïr

Il est des coins, dans cette ville bruyante et active, isolés de toutes émanations sonores. C'est le cas de ce jardin botanique dont mes pas feutrés foulent l'herbe fraiche taillée de sorte à ce qu'elle plaise aux plaisir de l'œil humain : une terre maîtrisée par l'homme et donc, exempte de sauvagerie, d'hostilité de la nature vengeresse sur une espèce bien peu soucieuse de son devenir. En demeurai-je attristé par cette comédie qui faisait croire à l'homme qu'il pouvait dominer jusqu'à plus de cent acres de terre, de plantes, d'arbres et d'espèces animales ? Résolument : non. Je me considérais moi comme au dessus de l'homme et même de la nature. Même le temps, de son égrenage mortel de secondes demeurait pour moi une notion impalpable et impassible au désastre qu'elle affligeait constamment sur les êtres faibles : les vivants. J'étais un juge, je devançais parfois le Temps en tuant plus rapidement que lui, ou contredisait les plans que son épouse Destinée avait dressé contre les faibles en les emportant plus vite que le temps qui leur était normalement imparti. Je les sauvais, je les protégeais, allant même rarement jusqu'à leur offrir les pouvoir de vaincre le couple de terreur. J'étais l'entité du mal, ce que les chrétiens appellent le diable. Je ne me contentais pas d'avaler les vies plus tôt que ce que dieu le temps et sa mie Destinée avait prévu, mais aussi d'épargner la vie de la mort, brisant les efforts du couple divin de la préservation à établir un équilibre fragile sur la terre des hommes. Mais ils se fourvoyaient, car c'était ma Terre. Moi seul et tous mes enfants pouvaient décider de qui demeurerait dans mon Royaume où se mêlait êtres de vie et êtres de mort ; et même, les êtres de vie humanoïdes natifs d'une autre planète. Cette femme menacée par Destinée, personnifiée en la présence charnelle de deux hommes, ne semblait pas vouloir reculer l'échéance du terrible affront, elle ne ressentait aucune peur, mais ne désirait pas se battre contre eux.

Moi Juge de la Terre, comment pouvais-je lui apporter mon aide alors qu'elle ne s'inquiétait pas pour sa vie et sa dignité, alors qu'elle ne souhaitait pas se défendre comme le plus couard des chiens l'aurait fait ? Pour quelle étrange raison me montrerais-je clément ? A m'écouter, l'on ne peut que comprendre ma logique indiscutable et, chemin faisant, m'approuver. Même si quelque âme sensible essaierait de m'enseigner la compassion et l'amour de la vie pure afin de me convaincre de l'épargner, car elle semblait réellement pure et pacifiste, l'on tomberait d'accord avec ma maxime disant "toute vie mérite d'être vécue si toutefois l'on s'attache à lui porter de la valeur, et à défendre son intégrité". Alors, c'est que l'on oublie un élément important qui change toute mon équation logique : elle n'est pas humaine. De ce fait, l'équation conduit à une résultante différente qu'est la curiosité.

Tapis dans l'ombre, j'observais la scène, encore indécis sur la possibilité d'une intervention en sa faveur. Ils se moquaient d'elle en termes plus que vulgaires et insoutenables, mais elle restait coite et immobile. Leurs pensées, si elle ne les entendait pas, dessinaient les pires desseins possibles qu'ils lui réservaient. L'un d'entre eux se leva et l'agrippa au bras, saisie dont elle délivra par un geste sec du bras. Je tournais autour de la scène, sans un bruit, en discret chasseur et observateur encore objectif. Ses yeux miroitaient une haine facilement perceptible. Son geste de répulsion fit se poser une question cruciale qui inquiéta les deux hommes :"allait-elle crier ? Se défendre et ameuter du monde ?". Il leur fallait donc pousser l'agression à plus loin pour vérifier et valider leur entière sécurité. L'homme imbibé d'alcool prit donc l'initiative de lui déchirer son vêtement. Bien évidemment et comme je le savais moi, elle se laissa faire. Mais ses pensées me parvinrent comme le signe, la raison pour laquelle je n'allais pas laisser ce crime se produire. Elle les voulait morts.

- Que vos souhaits soient exhaussés, susurrais-je doucement à moi-même, un sourire inquiétant aux lèvres.

Inutile d'échanger le moindre mot avec eux, leur esprit, leur intelligence ne faisaient que me conforter dans le décret que j'avais prononcé pour eux : la mort et rien d'autre. En quelques gestes, les deux hommes furent saignés sans avoir le temps d'être submergés par la surprise et de la hurler. Je me tins droit devant elle, sourire légèrement espiègle et mince filet de sang de la commissure de mes lèvres au menton, s'écoulant par gouttes à gouttes sur le sol. Quelques perles vermeilles s'échouèrent sa ma chemise blanche et s'étalèrent par capillarité. Fuir était peine perdue et elle devait le comprendre, je la laissai me regarder et réaliser que les deux malfrats n'étaient plus qu'objets inanimés dont les animaux se nourriraient presque entièrement avant qu'on ne les remarque. Le feu faisait danser nos visages immobiles, nous nous inspections silencieusement. Son parfum différait de celui des hommes, il était moins sucré, plus pure, et plus puissant. J'avais grande envie de goutter ce à quoi les vampires ayant signé le pacte Cypire avait le droit chaque semaine. D'un geste nonchalant de la main, je vins essuyer le sang sur mon visage qui s'y détacha sans résistance.

- Je viens de tuer deux hommes de ma Terre pour vous épargner une vile expérience. Le méritiez-vous ?



Nawel Ialenkaï

Ont t’ils oublié d’où ils viennent, ont t’ils oublié ce qu’ils doivent à cette terre. Dois-je-leur rappeler à tous qu’ils sont justes de pauvres habitants, de pauvres occupants de cette dame nature. Ils ne comprennent pas l’importance de leurs semblables, chaque être mérite respect et civilité. Voler le corps, dévaliser une âme est juste monstrueux. Ce qui me conférait comme dignité se verra bientôt disparaitre aux baffons de ma honte… Je ne dirais mot, je serais qu’une simple marionnette, une petite poupée de chiffon qu’on maltraite, je n’émettrais aucun bruit de souffrance, telle une automate je m’actionnerais dans les mouvements qu’ils désireraient. Mais au combien je me détestais, je me haïssais d’être comme je suis, pourquoi m’a-t-on créé comme cela ? Muette, silencieuse, renfermée, un être vivant à moitié mort. Je ne dois pas m’en vouloir, un jour, une personne sera communiquer avec moi sans ouvrir ses lèvres, d’un regard, d’un mouvement, d’un hochement de tête, il comprendra mes désirs, mes peurs, mes envies. Je l’espère tout du moins, car je ne pourrais pas changer, personne ne peut changer, nous resterons toujours égal à soi-même. Une partie importante de la sagesse et de la connaissance consiste à ne plus vouloir transformer les gens en ce qu'ils ne sont pas, mais à accepter ce qu'ils sont, à comprendre leur expérience de vie.
Je devais me forcer à ne pas voir, à ne pas sentir ce qu’ils allaient me faire, je devais partir loin de ce monde, de cette vie, partir dans d’autres cieux. Je regardais la nature, demandant de me soutenir dans cette épreuve affligeante. Je sentais le vent qui commençait à souffler son désaccord, je sentais les feuilles fouetter les arbres de leurs mécontentements, j’entendais les animaux acclamer leurs colères. La nature nous comprend, nous protège et nous soutient, et peut être même qu’elle nous sauve.

Puis un miracle, enfin, une aide inespérée se profila le long de ce chemin sinueux. Un individu vif et même brutale s’invita à la partie du jeu interdit. Un être de la nuit sans aucun doute. Mon esprit qui vagabonda dans d’autres méandres, se connecta de nouveau à cette terre lorsque le vampire prononça ses premiers mots à mon égard. Avait t’il comprit mes vœux, avait t’il comprit ma vengeance sous jacente, apparemment. Avec efficacité, et sans mot dire il élimina les malotrus. Ces humains n’avaient même pas le temps d’hurler, leur peine de mort avait été prononcée par mes vœux, et telle l’épée de Damoclès qui régnait sur leur tête, elle tomba telle la sentence du dernier jugement. Je sais qu’il fallait que je protège ces hommes, le méritaient t’ils ? Chaque être qui salit l’âme de la nature, qui n’a plus de conscience ne mérite plus de respirer. J’avais ma propre notion du bien et du mal, et la mort n’était pour moi pas la fin, mais un recommencement. S’il fallait repasser par là pour rééduquer ces damnés tels étaient le prix à payer.

Quand les cœurs de ces êtres se stoppèrent à jamais, le vampire se mit face à moi, avec un sourire insolent. Aucune trace de culpabilité se dessinait dans son regard, le prix de la vie humaine de l’atteignait pas. Je sentais bien qu’on venait de deux mondes différents, avec des notions d’éducations complètement opposées. Il essuya délicatement le sang qui avait trouvé place sur son visage, puis me questionna. Le méritais-je ? Je ne le savais, personne ne mérite une mort, il avait cependant réalisé mon vœux, que dire. Rien comme d’habitude, il ne pourra entendre le son de ma voix, car à lui, comme aux autres, je ne savais pas parler, et ils n’arrivaient pas à me comprendre dans mes longs silences.

Je ne savais pas si telle aurait été ma vengeance, je ne sais si j’aurais été capable de donner la mort, je ne sais même pas si je dois le remercier, de toute façon j’en ferais rien. De nombreuses questions se posèrent à moi, entre mon devoir et ma vie, entre mon éducation et ma vengeance. Je haussai les épaules, et le fixa de mon regard sans émotion. Il s’attendait peut être à des efflux de joie, de remercîment, et même de soulagement, mais je ne savais pas faire tout ceci. J’étais froide comme toujours. Je savais très bien que aussi rapidement qu’il était venu, il repartirait, et peut être même il gouterait une lichette de mon sang si précieux, si t’elle était son désir, je me laisserai faire.

* partez, partez vite, vous vous ennuierez vite avec moi, je ne sais parler, je ne sais montrer mes émotions* J’essayai de remettre ma chemise qui était complètement déchirer, je ne lâchai pas mon regard sur cette être, il était pour moi mystérieux par son charisme, sa confiance en lui, et toute ses émotions qui passaient en lui : la colère, la vanité, la rage, la joie…

Je devais pourtant partir loin de lui, il était dangereux, mais je ne savais pourquoi, je ne lâchai pas ce lien du regard, je ne savais il m’hypnotisait. *Fascinant*


Dunlaïr

Immobile. Elle semblait avoir pris racine dans le sol et restait aussi impassible qu’un arbre. Seuls ses cheveux, comme autant de feuillages fragiles et légers, virevoltaient sous une douce brise de printemps. Il n’était pas dispensable d’avoir mes yeux pour pouvoir distinguer les minces fibres châtains se déplacer, dansants, comme en apesanteur. Une image chatoyante et bouleversante si inappropriée au contexte. Tout comme elle l’était. Fallait-il se sentir si supérieure à tout cela pour se résigner de la sorte à son sort ? Posté face à elle, je pouvais deviner sur quoi se portait son regard inexpressif : il s’évadait sur ses pairs les végétaux. Tentait-elle de leur parler, de s’introduire en eux momentanément pour échapper à la violence de tels désirs intrus à ses propres volontés, de tirer de leur sève une force insoupçonnée et secrète ? Mon imagination me jouait-elle des tours ou percevais-je réellement un infime changement dans l’air, dans l’ambiance, dans le vent ? La douce brise apaisante prit un drôle air de gentille bourrasque, frissonnante néanmoins, agréable pour moi, menaçant de son souffle le feu de bois qui occupait tout l’espace sonore des environs, masquant pour qui ne savait pas entendre plus loin les bruits alentours : les animaux nocturnes s’affairant, les animaux diurnes assoupis, le brins d’herbe grinçants les uns contre les autres, la fougère pianoter quelques discrètes notes de ses feuilles éparses sur la tige de ses voisines, l’arbre craquer sourdement, emporté par l’élan de ses branches soufflées, grandissantes, déséquilibrées. Et enfin, ses mots tout hauts pensés pour moi, cette rengaine meurtrière que je me destinais. Ils étaient d’une violence que seul un esprit délesté de morale pouvait admettre comme fait exécutable. Mais elle ne s’exécutait pas. Soit. Moi, je le fis pour elle. Cet appel qu’elle lançait à la nature en sachant surement qu’elle n’avait pas le pouvoir de l’exhausser, moi, je le fis, car c’était dans ma nature même de me gorger de la sève des vivants.

Ce massacre, indigne de sa sagesse –ou de son inconscience-, ne suscita chez elle aucun mécontentement, aucun cri de terreur ni aucun mouvement de recul. Elle demeurait arbre, et elle ne produisait d’arabesques que ses pâles pensées inspirées d’un plat émotionnel impressionnant. Déroutant. Elle me réservait le même regard que pour ses assaillants. Était-ce parce que je lui avais inspiré un dégout de la violence similaire par mon comportement injuste qui ne leur avait laissé aucune chance de repentir ? Ou ne savait-elle simplement pas émettre de jugement ? Elle serait donc mue par un esprit divin, une conscience absolue et inébranlable. Sa faculté de penser en être libre serait la seule chose qui faisait d’elle une entité vivante, et son corps ne serait qu’un objet qui lui appartenait et dont elle pouvait décider de lui faire subir mille choses éprouvantes sans en sentir, au plus profond d’elle, son âme heurtée. Une conscience divine, et donc inhumaine. Les Cylons se comportaient-ils tous ainsi ? Était-ce-t-il là la représentation concrète faite de chair et d’os que les hommes sur Terre ont appelé « Dieu », puis « Jésus » ?

Mes élucubrations évasives sur une explication à sa réaction devaient prendre fin, lorsqu’elle pensa, en ayant la conscience je crois que je l’entendrais, qu’il me fallait partir, parce que je n’aurais pas d’avantages à m’intéresser ainsi à elle. Ah ! Elle me surprenait ! Jésus n’avait certainement pas si peu confiance en sa valeur, en son devoir de transmission de sa vérité qu’il pensait enfermer dans ses entrailles par une grâce divine. Elle avait une personnalité qu’on pouvait prendre pour de l’humilité propre à elle. Je m’étais trompé, ou pas totalement, ça n’étaient que des suppositions. Combien de fois avais-je pu tirer une telle conclusion sur mes présomptions ? Si peu depuis des siècles. Il était étrange de la savoir insaisissable, quand bien même je pouvais parfaitement bien percer son intimité de l’esprit, comme pour chaque homme de cette Terre. Elle ne pouvait pas savoir combien cela rendait l’affaire bien plus intéressante encore. Comment baisser les bras et obéir devant l’incompréhension et abandonner à jamais le plaisir de pouvoir en apprendre plus ? Comment vaquer à sa vie sans y penser encore longtemps, indéniablement frustré de n’avoir rien tenté pour la connaître ?

Je haussai un sourcil incrédule, un sourire amusé et bienveillant sur les lèvres, de ceux qu’ont les adultes quand leur progéniture vient de dire une bêtise qui le rend humble et adorable. J’avais pu voir de part mes observations du monde et de ses choses, combien un parent pouvait facilement être attendri par une sottise sortant de la bouche d’un enfant. Et je le comprenais, moi qui étais destiné à ne jamais avoir de telles réactions puisque je ne pouvais pas être parent, je le comprenais tout de même et étais à même de l’expliquer. Avait-elle donc mérité que je tuasse deux hommes pour la sauver ? sa réponse, ici, un silence déroutant, me le démontrait sans fioritures, et je me radoucis.

Cette enfant m’inspirait le même sourire complaisant d'un adulte à un enfant, et je me surprenais à penser qu’il lui fallait laisser croire ce qu’elle imaginait, même si cela n’était pas vrai. Parce qu’elle apprendrait tôt ou tard par l’expérience où était la vérité, par son rapport aux autres. Mais comment apprendre des autres si elle refusait leur contact par peur qu’elle ne les ennuie ? Sa pensée sur mon compte m’arracha un bref sourire, bien que ma condition m’ait souvent valu de telles réactions séduites alors que je n’en désirais rien. Ce que j’en retenais, c’est qu’elle se refusait de quitter l’endroit dans lequel je me trouvais, ce faisant je n’avais moi-même aucune envie de la laisser filer entre mes doigts.

- Ce que vous pensez de vous n’engage que vous, et non pas mon opinion.

J’avais bien du mal à croire que ce petit bout de personne venue d’un autre univers puisse être si repoussant. Qu’importe le manque de sociabilité et d’aisance au dialogue. Ceux qui ne se dévoilaient pas, qui manquaient d’exubérance, étaient souvent les plus impressionnants, riches de pensées, de visions, d’expériences éducatives et initiatrices de modes de pensées révolutionnaire sur lesquels, par peur du changement, l’on ne se penchait pas assez. Ces êtres étaient de véritables précurseurs de nouvelles républiques, de nouveaux états d’esprit, même s’ils manquaient cruellement de confiance en eux. Ceci était la cause d’une divergence par rapport à la normalité, et ceux qu’on disait « normaux » le faisaient ressentir aux originaux de la manière la plus vile et dédaigneuse : l’ignorance. J’avais assez de sagesse et de vécu pour ne pas ressembler à ceux-ci et reproduire les mêmes erreurs du passé de l’homme. Ils en avaient reçu l’instruction aux écoles, pourtant ils demeuraient toujours aussi inaptes à porter un intérêt à ceux qui avaient un enseignement pieux à transmettre, ne sachant reconnaître la supériorité d’un être que longtemps après le trépas tristement achevé de celui-ci.

- Permettez moi d’en apprendre plus de vous. Vous semblez savoir ce que je suis, comprenez alors que l’âge a transformé mes valeurs humaines au point de ne pas reculer devant la différence, au point d’être devenu moi-même un opposant aux normes de toutes pensées humanoïdes.

Je cherchai au fond de son esprit l’orthographe ou la prononciation d’un nom auquel elle répondrait, et je le trouvai : Nawel. Je n’allai pas plus loin, il reviendrait à elle de m’en dire plus sur ce qu’elle était.

- Asseyez-vous auprès du feu Nawel, dis-je doucement, sur une voix tendre et nullement impérative. Parlez-moi, l’invitai-je, de votre terre, de votre vie là-bas, de la raison pour laquelle vous vous trouvez ce soir face à moi, sur ma Terre.

J’abaissai une main pour montrer une place confortable, sur un rondin de bois fraichement coupé, dans un geste fluide et lent.

- S’il vous plait. Vous m’êtes bien plus fascinante que je ne saurais l’être pour vous. Ne prenez pas peur, je ne vous jugerai pas.



Nawel Ialenkaï

Fascination, était un terme que je n’utilisais très rarement voir jamais. Je ne savais pourquoi ce personnage provoquait en moi ce sentiment bizarre une touche de sécurité mais aussi un zeste d’insécurité. Il me semblait si ambivalent pourtant. Il pouvait être doté de force et de sauvagerie, mais je sentais qu’il dégageait de la douceur et de la bienveillance. Définir un homme en quelques minutes vous semble insuffisant pour vous, pour moi, tout se joue en quelques secondes, je ressens ce que vous autres humains dits normaux, vous ne pouvez comprendre, je sais voir plus loin, et au plus profond. Je pouvais lire l’âme sans parler, le regard, l’observation me suffisait. Il était synonyme de nature, et il ne s’en rendait même pas compte. Il était fort et prestigieux comme l’écorce abrupt d’un vieux chêne, d’une attitude poétique comme la valse des feuilles aux secousses dérangeantes du vent, et énigmatique comme l’insaisissable mistral. Chaque être était le cheminement de la nature, chaque être était providence, et beauté, chaque être était un tout qui s’appelait univers : frère, sœur, et c’était bien pour cela qu’ils devaient tous se respecter. Ils l’oubliaient tellement souvent, hélas …

Il savait qu’il était beau, il savait qu’il était charismatique et fascinant ça se lisait dans son regard si froid et chaleureux pourtant. Je ne savais trop quoi faire, partir, fuir face à cette tentation au danger. Je ne savais trop quoi penser, je ne savais trop comment m’exprimer. Mais il avait su m’entendre, il avait su voir plus loin que tout ces autres. Je ne souriais pas quand je me rendis compte qu’il m’avait écouté. Pourtant j’aurais voulu poser un sourire à ma face, j’aurais voulu lui montrer que j’étais heureuse : qu’une personne m’adresse pour la première fois la parole dans ce monde si insensible. Pour la première fois quelqu’un s’attardait à ce que je pouvais penser, quelqu’un s’intéressait pour une fois au regard que je posais sur ma vie. Il était curieux, et attendrissant dans ses demandes, ils voulaient savoir, il voulait tout savoir, mais il ne savait pas encore que par lui-même il aura ce savoir, et seulement si son esprit sera assez ouvert, je lui conterai l’histoire de ma caste. S’assoir près du feu, il allait apprendre de suite que le feu n’est qu’illusion, et qu’on peut voir bien plus loin sans lumière.

Tout en ne le quittant pas du regard, je posai délicatement de la terre sur les crépitements, lentement et doucement, remerciant antérieurement à la terre de son pouvoir, et de son savoir. L’obscurité fut la nouvelle maitresse de cérémonie. Je regardai de nouveau la nature qui avait reprit une tout autre beauté. Il ne fallait plus voir mais deviner, percevoir, déceler et comprendre ce qu’elle nous disait. Puis délicatement, et avec candeur, je pris la timide main de mon interlocuteur, je pouvais sentir la différence de température de nos deux corps, il pouvait sentir la fraicheur de ma main, mais lui il était bien plus froid, premier signe de notre différence, et premier signe de sa non vie. J’attrapai sa main et la colla à la sienne, et entremêla mes doigts dans les siens. Pour tout être humain ce geste pourrait paraitre comme séducteur, entreprenant. Pour moi il signifiait tout autre, il devait faire parti de moi, et maintenant il serait la continuité de ma vie, et lui, renaitra d’une certaine manière. Je savais qu’il était capable de comprendre, il avait cette ouverture d’esprit… *Faites moi confiance *.

Je l’emmenai non pas sur le rondin de bois, je l’emmenai au creux de ce parc qui cachait bien des facettes, bien des trésors, et s’il était capable de les voir, il sera capable d’apprendre. De mon autre main, je fermai les yeux de mon autre moi, et doucement je pensai * il y a bien plus fascinant que moi et vous, apprenez à écouter autrement * Je savais qu’il m’enttendait, je savais qu’il pouvait entendre plus loin.

Lentement je l’emmenai loin des chemins touristiques, mais au-delà des frontières de l’imagination. Je ne préoccupais plus des deux corps morts, la nature saura les dissimuler, je lui faisais confiance. Je le regardais, il devait entendre le bruit du vent chatouillait le lobe de son oreille, mais en arrière plan on entendait la douce mélopée de la chouette, des pas hésitants de cette biche qui s’était égarée, du souffle prédateur du loup qui guette sa pauvre proie. Je ne sauverais pas la biche car telle était son destin de mourir cette nuit. Il y a avait un cycle bien définie pour chaque être vivant qui se décomposait en trois temps : la naissance, la procréation, et la mort. Il fallait se nourrir seulement quand on avait faim, et prendre seulement ce que la nature veuille bien nous donner. Remercier à chaque instant de ce qu’elle nous offre. La nature ne doit pas être tributaire à nous, mais bien le contraire. Cela doit être difficile à comprendre à cet être que dans mon monde y a ni violence, ni meurtre, ni suicide. Nous avançons toujours tout doucement, je ne lâche pas sa main, il est en moi, il est moi, je suis lui, nous ne sommes qu’un. Au loin on entend le clapotis de l’eau en effervescence, le chant incessant des grenouilles, la nage silencieuse des poissons. Y a tellement de vie dans la nuit ? Il faut apprendre à entendre. Apprendre et comprendre. La nature ne se camouffle pas à nous, l’homme est tout simplement aveugle et sourd, et ne voit que par ses yeux et non par son cœur … *Voyez vous ?*


Dunlaïr

Nul mot ne devait être ajouté. Je fixai ma partenaire d'un soir, silencieux et révérencieux. Je la savais hésitante, elle me jaugeait et réfléchissait à ma proposition. Je la laissai me regarder, m'analyser et décider de la chance qu'elle pouvait avoir de me connaître, et inversement. Et si jamais elle refusait, je me promis à moi-même, comme un pacte incontournable, de ne pas m'en sentir vexé et accepterai de la laisser partir en vie, car après tout, j'avais trop tué ce soir pour la voir s'évanouir à jamais entre mes doigts assassins. A jamais, vraiment ? Il était une chose qu'elle voulait m'apprendre, et c'était de voir plus loin que ce que mes yeux pouvaient me montrer. Pourtant, j'avais d'excellents yeux, capables de déjouer la noirceur de la nuit, capables de percevoir le plus petit et insignifiant détail, et ma mémoire se contentait de le mémoriser. Elle se dirigea vers le feu, empoignant de ses mains blanches des lopins de terre sèche et les jetant sur l'étoile terrestre qui nous avait éclairé jusqu'alors. Les flammes, premièrement réfractaires, manifestèrent leur insoumission par quelques crépitements sifflés, puis, capitulant, elles s'éteignirent peu à peu. J'observai avec quelle langueur elle effectuait ces gestes, j'étais attentif et, curieusement, déjà baigné dans une méditation contemplative de laisser-aller. Oui, je voulais me laisser faire, l'autoriser à m'emporter où elle le voulait, que ce soit dans les limbes de son esprit actif, ou dans la cambrousse familière du parc de Los Angeles.

L'âtre à présent disparu, sembla attester de sa feu-existence en laissant à l'endroit où nous nous postions, une chaleur diffuse et légère, emportée par le vent en agréables courants d'airs chauds. Mais nous ne devions demeurer plus longtemps ici, à savourer la nuit et la chaleur d'un feu disparu. Elle me prit la main, entremêlant dans un geste tendre ses doigts entre les miens. Mes iris alternèrent de nos mains liées à son visage évasif et mystérieux. De si près, je pouvais voir à loisir et précision le contour de sa bouche charnue dont la lèvre supérieure joliment galbée, m'évoquait comme de valeureuses collines serpentines et douces ; ses cheveux d'or foncés par l'obscurité se communiquaient l'un à l'autre avec l'image des collines, mais elles étaient de sables doux, elles étaient dunes ; et enfin ses petits yeux d'un bleu magnifiques, extatiques. Ses cheveux étaient roseaux, me dis-je, et ils étaient légers, sifflaient et se faisaient porter par le vent. Et moi je me faisais porter par elle. J'étais son roseau, et elle était mon précieux vent. J'allais jouer la musique que ses mots transmettraient au travers de mon esprit. Je me laisserais faire. Puis, écoutant, confiant comme elle le souhaitait, je me plus à penser que son initiation symbolisée par l'image du vent, moi, par l'image du roseaux docile, et de son corps à elle, par l'image de la dune à laquelle j'étais lié par sa main, n'était pas incongrue ni fortuite. De ses sentiments, qui se traduisaient en pensés vagues, je saisissais l'objet, par conséquent, mon imagination me les transmettait en images. Voilà ce qu'elle voulait que je sois : un roseau porté par le vent, et, inconsciemment, je m'y étais plié de manière accorte. Quel pouvoir de persuasion subtile et pacifique. Elle ne m'avait forcé en rien, j'avais seulement convenu de bien vouloir l'écouter. Il s'était là passé quelque chose de tout à fait étrange, je n'avais jamais encore utilisé mon don de télépathie pour servir de tels liens spirituels.

Alors qu'elle m'entrainait dans les boisés fougueux et apparemment indomptés du jardin immense, je me sentis bercé, insipide et abruti par la douceur lointainement familière d'un tel moment. Me rappelai-je alors de l'enfant que j'étais ? Du nourrisson babillant sous les caresses affectueuses d'une mère adoratrice ? Ces sensations de soulagement et de calme vertigineux s'oubliaient-elles réellement ? N'en avais-je pas la preuve du contraire ici même ? Ou pouvions-nous tous accéder à un tel calme émotionnel, si l'on s'en donnait l'ordre et les moyens ? Notre marche régulière parmi les fourrés, me fit bientôt considérer le bruit de nos pas comme un battement grésillant, celui de la feuille, de l'herbe, de la terre, écrasée sous nos poids. Puis d'autres sons s'y mêlèrent, ajoutant d'autres notes, d'autres instruments. La chouette, dont le cri s'étendait sur une partition de deux noires coupées d'un silence, et suivies d'une blanche. Le vent excitait les petites feuilles comme autant de grains de riz dans un bâton de pluie. Les rampements lents d'insectes créaient des chuintements, et les déambulations de rapides animaux, des percussions légères mais soutenues. Les renaclements de gros animaux, notamment de ce loup qui surveillait cette biche, des sifflements sourds. Et les pensées de mon guide, par dessus tout ce fond musical, chantaient des paroles, propices à l'imagination. Nous ne faisions qu'un. Non pas comme l'arbre et la terre, mais bien comme l'arbre et ses racines, bien comme le bras et la main. Il ne s'agissait pas d'une union comparable à celle du baiser de sang que j'utilisais pour me repaitre, ni de celui du plaisir de la chair réunissant deux êtres dans l'amour. J'étais sa continuité, me dis-je. Ses pensées m'amenaient où bon elle le souhaitait. Ah, non, jamais, jamais mon don n'avait servit quelqu'un d'autre que moi. Je l'avais toujours utilisé pour me renseigner, à l'insu de mes victimes, violant leur intimité la plus secrète.

Comme elle portait une partie de son impressionnante attention sur le chant claironnant d'une fontaine et de ses habitants aux nageoires se mouvant dans une danse lascive, je l'entendis aussi, et l'imaginais de concert comme étant un coin tranquille préservé de l'activité perturbatrice humaine. J'imaginais les animaux en liesse, les espèces se chantant l'une à l'autre le plaisir d'être en cette paisible nuit, faisant montre de leur voix, en sincère élan de générosité et de cohabitation tranquille. C'étaient de bien jolies choses que me transmettaient mon amie venant d'un autre monde. Je comprenais qu'elles puissent être à la portée de tous, puisqu'aucun animaux ne s'en cachait, mais qu'il fallait pour cela en avoir la conscience et le temps. Le temps de prendre part aux choses qui nous entourent. Un sourire quelque peu supérieur fit me mouvoir les lèvres, sans moquerie, pensant que tout cela était d'un gout candide. Je devais admettre néanmoins quelle concentration facile elle mettait dans ses efforts pour prendre en intégrité les présences vivantes du lieu. Puis de connivence, je me surpris à penser que c'était finalement là la manière dont tous les hommes devraient vivre, qu'elle n'était pas si différente de moi, trois millénaires plus tôt, lorsque moi et mon peuple respections les bêtes pour leur pouvoirs divins, leur symbole, et même celles qui représentaient le mal. Comme il m'était regrettable, parfois, de déranger l'instinct de survie des bêtes alors que je m'approchais trop près d'elles. Mon amie, à laquelle j'étais lié, semblait au contraire les apaiser, faire partie, comme eux, d'un cycle privé de vie basé sur des ordres naturels de respect. Ainsi ne les faisais-je pas fuir en sa compagnie, et j'en étais ravi.

J'inclinai la tête, répondant à sa question. Puis calquant sa façon muette de me parler, par soucis de ne pas troubler nos silences, je me mis à lui montrer en images et en pensées, ce que j'avais été. Moi le garçon d'ancienne Égypte, j'avais nourri une dévotion pour les chats, les lièvres, les singes, les poissons, les hippopotames, les chiens, les ibis, les faucons, les crocodiles, les scarabées, mêmes les grenouilles et bien d'autres. Ils étaient tous sacrés pour nous. Je lui montrais comment, certains rois et certaines reines avaient été ensevelis sous leur tombeau avec des animaux momifiés, car tous mus par une âme divine, ils en avaient tous le privilège. Je lui indiquais aussi les cimetières de chats pour honorer Bastet, d'ibis pour Thot et ceux des taureaux pour Apis. Je désirais lui prouver, qu'il fut un temps où je n'avais pas été si différent d'elle et que chemin faisant, j'étais à même de la comprendre. Je me souvins, soudainement, de la première fois que mère avait introduit le pouvoir des animaux. Heureux de revoir ces images ternies par le temps, je lui fis part de mon souvenir.

***




Sable, vent sec et chaud. Turbans et foulards de lin recouvrant nos corps pour éviter que les grains sinueux ne s'engouffrent partout : dans nos narines, sous nos yeux, dans nos cheveux noirs ébènes et sur nos peaux humides de sueur. Thèbes, l'immense et radieuse Thèbes. Ma ville de naissance, alors que le Pharaon Ahmosis régnait en maitre sur l'Égypte. Nous étions dans les locaux des serviteurs du Palais Royale, de nuit, comme toujours, car je ne pouvais sortir alors que le soleil dardait ses rayons. Je m'amusais sur l'herbe, pendant que ma mère s'affairait à laver les vaisselles que les invités, le roi et ses courtisanes avaient usés tout le soir durant.
- Dunlaïr !, cria ma mère, regarde donc sur le toit, tu vois ? La déesse Mout nous protège, elle nous envoie un signe et te dis que tu es un roi mon fils.
Mes yeux détectèrent le mouvement d'ailes sur ma droite, et je fis face à un gigantesque volatile gris clair aux rémiges terminales noires. Un vautour. Je fronçais les sourcils, me méfiant de l'animal.
- Mais mère, je ne suis pas un roi.
- Tu es un roi pour moi, fils.
Alors, je me mis à le fixer longtemps, et comme chaque enfant sait si bien le faire, mon imagination fébrile prit pour vérité que l'animal soit un signe d'une divinité, et je lui parlais.
- Comment t'appelles-tu ?
"Anmout", me dit son esprit.
- Et pourquoi te montres-tu à moi Anmout ?
"Parce que tu es roi"
- Un Roi de quoi ?
"De ta race future"
- Qu'est-ce que je dois faire pour mon futur ?
"Vis, et lorsque viendra le jour, accepte de mourir, je soutiendrai ton âme de mes griffes au dessus de toi, ainsi tu ne te perdras jamais"
- Tu es mon ami alors, Anmout ?
"Oui. Je suis toujours l'amie des Rois, je protège les couronnes, ainsi le veut ma déesse."

***


Mes yeux sombres scrutèrent les iris bleutés de ses yeux, puis je lui souris, enthousiasmé par la réminiscence d'un tel moment, qui s'était déroulé il y avait plus de trois mille ans.

*Quel est votre nom princesse des songes ?*

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Le Parc de la honte

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